lundi, 02 août 2021

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Publications - Articles et Chroniques

L’identité

Projet

LES IDENTITÉS NATIONALES SONT DES REMPARTS À L’UNIFORMISATION DU MONDE (Claude Lévi-Strauss)

L’identité

TOUTES LES POPULATIONS ONT UN CERTAIN SEUIL DE TOLÉRANCE À L’ÉGARD DE L’IMMIGRATION (François Mitterrand)

Nous vivons dans un monde de plus en plus déroutant. Certains phénomènes sociaux qui étaient tout ce qui a de plus normal il y a dix ou vingt ans ne le sont plus aujourd’hui. Certains sont devenus suspects, voire coupables, voire même criminels aux yeux d’une mouvance moraliste et post-nationale qui nous fait la leçon tous les jours.

L’un de ces phénomènes – suspect, pour ne pas dire coupable – est l’identité. Mais curieusement, il ne s’agit pas de n’importe quelle identité. Il s’agit, au premier plan, de l’identité collective des Canadiens français du Québec. Pourtant, partout en Europe, en Angleterre et aux États-Unis, l’identité est devenue la question de l’heure.

Une identité coupable qui crée des malaises

Il a peu d’années, par exemple, un certain Philippe Couillard s’enflammait au quart de tour et nous faisait la danse du bacon chaque fois qu’il entendait le mot « identité ». L’identité le contrariait au plus haut degré parce que la grande utopie qui occupait ses rêves était de faire du Québec une immense tour de Babel post-nationale. Pour lui, l’identité était simplement une pathologie marquée par le racisme et la xénophobie. Un esprit sain ne pouvait que rêver d’ouverture à l’« autre ».

Le 8 décembre 2015, un certain Justin Trudeau, personnage hautement narcissique et étrangement avide du regard des caméras, confiait à un journaliste du New-York Times que le Canada était un pays post-national, sans culture particulière ni noyau identitaire. Bien entendu, il faisait surtout référence à la négation de toute forme d’identité collective chez les Canadiens français du Québec. Évidemment, nier une identité, c’est nier quelque chose qui existe et qui est naturel à l’être humain. Mais il ne faut pas trop s’étonner de cette aberration puisque certains êtres humains aiment beaucoup rêver et se raconter des histoires. Mais rêver d’édifier une tour de Babel post-nationale avec des gens venus des quatre coins du monde, c’est plus que rêver, c’est délirer et ignorer le sens de l’histoire. Toutes les belles et grandes utopies du XXe siècle se sont soldées en d’indicibles tragédies. Entre 100 et 200 millions de personnes sont mortes de la violence des autres au cours de ce siècle.

Un phénomène normal et fondamental

Pourtant, depuis des siècles, des philosophes, des théologiens, des poètes, des romanciers ont traité en long et en large de la question d’identité. Mais personne n’a jamais parlé d’un phénomène suspect ou coupable. Au XXe siècle, ce sont surtout des psychologues du développement cognitif et des théoriciens de la personnalité qui ont traité en profondeur de la question et de son développement depuis la petite enfance jusqu’à la fin de l’adolescence. Pour eux, il ne fait aucun doute que l’identité existe et qu’elle joue un rôle fondamental dans la vie de tout être humain. Ils ont mis en évidence que l’acquisition d’une identité forte, équilibrée et stable était la meilleure façon de favoriser un bon développement de la personnalité dans toutes ses dimensions.

L’incontournable conscience de soi

Du point de vue du sens commun, l’identité est la conscience de soi, l’image que tous les enfants se font d’eux-mêmes depuis leur plus jeune âge jusqu’à la fin de l’adolescence, image stable et durable, mais qui ne se cristallise jamais. À l’âge adulte, cette image de soi continue tout doucement à se modifier. Parfois, une expérience intense ou dramatique peut la changer radicalement. Donc, affirmer que quelqu’un n’aurait pas d’identité, qu’un peuple n’aurait pas sa propre identité, est absurde. Pire encore, culpabiliser ou criminaliser la revendication ou le respect de son identité est insensé. Pourtant, il y a de plus en plus de gens dans la mouvance moraliste et post-nationale qui le font régulièrement pour des raisons idéologiques. Ils veulent déconstruire le monde pour le refaire conformément à leurs préjugés et préférences idéologiques.

Une définition

L’identité est une structure mentale composée et complexe, possédant des caractères à la fois affectifs, cognitifs et intellectuels, caractères qui expliquent la perception ou l’image qu’un individu parvient à se faire de lui-même en tant qu’être distinct, séparé des autres, conforme à lui-même, et dont les besoins, les instincts, les intérêts, les motivations et les craintes ont un degré stable et continu de cohérence.

Tous les êtres humains ont une identité. Tous les groupes sociaux finissent eux aussi par acquérir une identité. Toutefois, les individus disent « moi », et les groupes sociaux disent « nous ». Mais il y a des « moi » et des « nous » qui sont plus faibles que les autres. Les « moi » et les « nous » faibles, mal construits, vivent en général en-dessous de leur potentiel. La façon dont se construit une identité est importante. De plus, elle ne se construit pas exactement de la même façon pour les individus et les groupes sociaux. Mais les identités existent. Il faut être bête pour le nier. Il faut être bête et hautain pour culpabiliser ou criminaliser ceux qui continuent à préserver ce qu’ils sont. On peut critiquer des conduites fautives, mais pas un phénomène qui existe naturellement. Un aveugle n’est jamais aveugle parce qu’il aurait décidé un jour de devenir aveugle.

L’identité chez l’enfant

Pour les individus, les caractéristiques particulières du « moi » commencent à se développer très tôt dans la vie. Elles résultent d’innombrables expériences d’apprentissage, de comparaisons et d’évaluations de l’enfant par lui-même. Des facteurs génétiques peuvent influencer ce parcours. Son tempérament, son niveau d’activité et d’extériorisation, son intelligence et même son apparence physique et certaines particularités peuvent influencer la façon dont ses parents et son entourage réagissent à son endroit. Très tôt, les enfants ressentent les attitudes des autres à leur endroit et commencent ainsi à se former une image de ce qu’ils sont en tant que personnes distinctes et séparées des autres. Plus déterminant et étonnant encore, les enfants adoptent naturellement l’évaluation que les autres font à leur endroit comme s’ils s’agissait de leur propre évaluation. Ce phénomène d’appropriation et d’assimilation de l’évaluation des autres se prolonge jusqu’à l’âge adulte. Voyons des exemples.

Des rapports inégaux

On constate régulièrement ce phénomène dans les conflits de couples. La conjointe qui se fait administrer régulièrement des injures dégradantes et humiliantes les assimile et les incorpore comme s’il s’agissait de sa propre évaluation d’elle-même. En conséquence, son identité, sa confiance en soi se détériore un peu plus chaque jour. C’est ce qui explique que des situations absolument intenables puissent se perpétuer pendant des années, voire des dizaines d’années.

Ce même phénomène de mépris de soi par soi se constate dans tous les rapports coloniaux. Le dominant tire un immense avantage à rabaisser le dominé, à briser la confiance en lui. Ce qui fait que le parfait colonisé est celui qui finit par se regarder avec les yeux de ceux qui le méprisent. Plus ce rapport dominant/dominé dure longtemps, plus il s’institutionnalise, et plus le colonisé s’habitue à vivre avec une image peu reluisante et invalidante de ce qu’il est. Le colonisé qui croit à tout ce que le dominant peut dire sur son infériorité finit par se déprécier à un point tel qu’il en vient à renoncer à toute idée ou intention de se révolter. Comment, médiocre comme il est, pourrait-il se permettre de rêver d’assumer son propre destin ? Il se convainc facilement qu’il n’a pas la capacité d’assumer son autonomie et de pourvoir à sa propre sécurité économique. Tout ce qu’il a, il ne le doit pas à son intelligence et à son travail, mais au dynamisme et à la prospérité du dominant. Par exemple, il pourra facilement se convaincre que la péréquation est une sorte de gros bonbon, un pur cadeau du dominant dont il ne peut se passer, alors que bien des économistes ont déjà prouvé tout le contraire. Un dominant ne fait jamais le moindre cadeau à un dominé. Un Québec indépendant, au lieu d’accumuler des déficits et de vivre de péréquation, pourrait obtenir des surplus annuels de 15 milliards $ sans augmenter les impôts. Mais déprogrammer un dominé est un immense défi, compte tenu que l’image négative qu’il s’est fait de lui-même fait partie de son identité, et que l’identité est un état stable et durable. Rendu à un certain âge, il faut pratiquement un choc violent pour changer une identité.

Le rôle de l’école dans la construction de l’identité

Revenons sur l’idée que, de la petite enfance jusqu’à la fin de l’adolescence, le développement de l’identité se fait beaucoup à partir de la complexité de modèles que les enfants se mettent à imiter sans même s’en rendre compte. Les premiers modèles sont les parents, les grands frères, les grandes sœurs, les professeurs, les artistes, les vedettes et autres personnages de premier plan.

À l’école, les enfants ont aussi l’opportunité de découvrir des grands personnages de l’histoire qui sont susceptibles de les faire rêver. Jusqu’à une certaine époque, au Québec, les héros qu’on leur présentait étaient souvent des personnages forts, audacieux, courageux, capables de réaliser de grandes choses malgré les écueils, les risques et les dangers. Les enfants s’identifiaient à ces personnages sans même s’en rendre compte. Par exemple, tous les enfants de nos écoles étaient instruits de l’histoire des fondateurs et pionniers de la Nouvelle-France, histoire qui leur permettait de découvrir nombre de personnages forts, audacieux, éblouissants, qui ne reculaient devant aucun défi, lesquels s’avéraient également être leurs ancêtres. Il était naturel pour les enfants de s’identifier à tant de modèles de détermination et de puissance. Leur identité n’en devenait que plus forte et plus cohérente.

Qu’il nous soit permis de rappeler ici que les fondateurs et pionniers de la Nouvelle-France ont une histoire édifiante et d’une richesse inestimable qui, d’ailleurs, est aussi honorable qu’enviable. Elle a donc vraiment tout pour faire rêver les jeunes et les moins jeunes. Cette histoire est une épopée, une fascinante odyssée dont on ne retrouve aucun équivalent ailleurs. Elle est mouvementée, extraordinaire, éblouissante. Tous les faits mémorables, les coups d’éclat, les exploits de ces héros sont documentés par d’abondantes archives. Ces fondateurs et pionniers de notre pays forcent l’admiration du fait qu’ils sont des modèles d’audace, de courage, de confiance en soi, de détermination, de force morale. Par exemple, les exploits qu’on y trouve surpassent de façon incommensurable ceux de l’Iliade et de l’Odyssée du poète Homère, légendes mémorables écrites il y a 2700 ans au sujet d’une guerre dont on n’est même pas certain qu’elle ait existé. On pourrait dire la même chose au sujet de la fondation de Rome par Remus et Romulus. On ne trouve là que des légendes banales. D’ailleurs, rien dans les légendes connues au sujet de la naissance des peuples et des civilisations n’est comparable à l’histoire authentique de ces hommes et de ces femmes, fondateurs et pionniers de la Nouvelle-France, qui méprisaient la peur et ne se laissaient rebuter par aucun obstacle.

Des Anglais impressionnés par nos ancêtres

D’ailleurs, cette histoire forçait à ce point l’admiration pour le courage et la force de ses héros que, à la fin du XIXe siècle, elle était même enseignée dans les plus prestigieuses écoles de l’Angleterre où les enfants de l’aristocratie et de la gentry recevaient une éducation de type littéraire et classique. Ces aristocrates ne voulaient exposer leurs enfants qu’aux plus beaux exemples afin de les préparer aux rôles qu’ils étaient destinés à tenir en tant que classe gouvernante. Ils souhaitaient développer chez leurs enfants une identité forte et conforme aux mœurs et valeurs d’une nation aristocratique. Ils avaient reconnu que les exploits et la force de caractère des héros de la Nouvelle-France fascinaient non seulement les enfants, mais qu’ils étaient aptes à stimuler chez eux l’audace, le courage, la détermination et la force morale.

Le développement de ces traits de caractère était important chez ces jeunes qui étaient destinés à occuper les plus hautes fonctions dans l’armée et l’amirauté, et à se rendre aux quatre coins de l’Empire britannique pour enseigner aux peuples subjugués les rudiments de la civilisation… britannique !

Ce choix des héros de la Nouvelle-France par les aristocrates anglais en dit long sur l’évidence du caractère glorieux de la grande aventure de nos ancêtres qui – n’ayant jamais été dominés ou colonisés ! – faisaient tout en grand: grands sentiments, grands rôles, grands moyens, grands défis, grandes expéditions, grandes réalisations. Aucun obstacle n’était jamais assez grand pour les arrêter. Mais ils ne recherchaient pas pour autant les grands honneurs puisque, pour eux, l’honneur n’était que la reconnaissance du devoir accompli.

Des petits cobayes de laboratoires

Mais que faisons-nous au Québec depuis une bonne vingtaine d’années ? Eh bien, nous sommes assez bêtes pour cacher – pour ne pas dire dénigrer ! – devant nos enfants l’histoire fascinante de leurs ancêtres comme si elle avait quelque chose de honteux et de coupable. En conséquence, quand il est question d’eux, nos jeunes fraîchement sortis de nos écoles en parlent maintenant comme de véritables prédateurs, des personnages odieux, alors que leurs réalisations sont mémorables, glorieuses, qu’elles ont tout pour faire naître une fierté légitime, pour stimuler l’admiration et l’émulation chez les jeunes et les moins jeunes.

Cependant, pour les militants idéologiques qui tiennent à une histoire post-nationale fondée sur des questions sociales et les préjugés moraux à la mode, notre histoire est trop identitaire, de sorte qu’elle ne permet pas de former des jeunes citoyens d’une fibre nouvelle, des citoyens parfaits, tolérants, inclusifs et ouverts à l’infinie diversité du monde.Ce scandaleux mépris pour ce que nous avons de si précieux, cette attaque à un enracinement identitaire naturel, honorable et légitime, cette déprédation idéologique de nos valeurs, cet apprentissage de la honte de soi, sont les produits d’un militantisme qui cherche à construire un monde utopique à partir d’une histoire censurée et culpabilisante, moins politique, plus sociale et plus multiculturelle. De concours avec le programme d’éthique et de culture religieuse qui crée beaucoup de confusion entre « connaissances » et « croyances », cette idéologie – en faisant de nos enfants des petits cobayes de laboratoires – cherche à instaurer dans leur esprit une identité mondialisée, abstraite, désincarnée, mais coupée de toute continuité sociale et historique. Cette éducation, axée sur la valorisation d’un pluralisme normatif, est plus près de l’endoctrinement que de la simple transmission de culture d’une génération à l’autre.Il faut donc contrôler le contenu de l’identité de nos futurs citoyens. Il faut qu’ils deviennent convaincus qu’une inclusion inconditionnelle est la plus belle qualité morale qui puisse exister. Il faut qu’il n’y ait aucun doute dans leur esprit que les méchants adorent les frontières, méprisent la différence, combattent l’inclusion. Pour dire les choses plus simplement, il faut amener les enfants à assimiler tous les préjugés que la Cour suprême du Canada répand aux quatre vents depuis 1982. Cependant, on se garde bien de leur dire que, tout au cours du XXe siècle, les plus grandes utopies appliquées par des cerveaux fêlés qui s’imaginaient pouvoir refaire le monde ont provoqué des hécatombes qui ont fait de 100 à 200 millions de morts. Aujourd’hui, ce sont des fêlés à la Justin Trudeau, coupés de la réalité, qui s’imaginent pouvoir refaire le monde en changeant quelque chose qui ne peut absolument pas être changé, c’est-à-dire la nature profonde de l’être humain.

Faire des expériences idéologiques avec des enfants ne peut pas être une bonne idée. Présentement, ce lavage de cerveaux se fait à grands frais et se poursuit jusqu’à la fin du secondaire. Les résultats sont probants, mais scandaleux. Un véritable fossé est en train de se creuser entre les générations. Nos diplômés du secondaire se font méprisants, moralistes, donneurs de leçons. Ils jugent sévèrement non seulement l’histoire de leurs ancêtres, mais le patrimoine de valeurs de leurs parents et de leurs grands-parents. Ils les jugent trop identitaires, voire racistes et xénophobes. Bien entendu, ils ne veulent pas s’identifier à un monde comme ça. Pour marquer ce rejet et cette séparation, certains vont jusqu’à se parler en anglais pour montrer qu’ils appartiennent à un autre monde. Ça fait plus évolué. En fait, coupés de leurs liens avec le passé, ils ont perdu les grands repères identitaires qui ont façonné notre mémoire au cours des siècles. Pourtant, sans mémoire, personne ne peut savoir qui il est. L’anglais est devenu pour eux la langue incontournable du succès, du progrès, de l’inclusion, du multiculturalisme. Quant au vieux projet de leurs parents et de leurs grands-parents de s’affranchir de la tutelle du Canada, il semble qu’ils seraient maintenant 78 % à le désavouer. Une chose impensable il y a une génération. Au lieu d’être la relève naturelle dont le Québec a besoin pour exister, se perpétuer, vaincre le temps et s’affirmer dans la durée, ils jouent le rôle ingrat de ceux qui tiennent le couteau dans le dos à la génération qui leur a « presque » tout donné, sauf bien entendu le sens de la gratitude.

Christian Néron
Membre du Barreau du Québec
Constitutionnaliste,
Historien du droit et des institutions.